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Hyam Yared

Biography

The Lebanese writer and poet Hyam Yared (1975) is one of the most important female voices in the Middle East. In her work she describes life in Lebanon with a volcanic force and black humour: war, traditions, the relationship between men and women, and sexuality. Yared has published three volumes of poetry and three novels: La Malédiction, Sous la tonnelle and L’Armoire des ombres. Her poetry has been published in Lebanon, France, Great Britain, Portugal and Italy. She has received several awards for her work and been a guest at poetry festivals in Canada, Portugal, Mexico and Sweden. Hyam Yared lives in Beirut with her three children.

Her latest novel La Malédiction (2012) describes the life of Hala, a young Lebanese woman who has to struggle against her strict mother, the religious restrictions imposed on her and a deeply male culture. According to L’Express, the book shows ‘both intelligently and beautifully that fate cannot withstand literature’.

In L’armoire des ombres (2006), Hyam Yared describes a country that has fallen prey to war and religious conservatism. The main character is on a theatre stage and assumes the role of two Lebanese women, so that the boundary separating reality and fiction becomes increasingly blurred. In 2007 the book was awarded the Prix France-Liban.  

For her second novel Sous la tonnelle, Hyam Yared received the Phoenix 2009 Award. Le Figaro says that the book contains ‘many extremely beautiful passages that deserve to be read and reread – in the manner that people enjoy reading poetry’. In a style that is both lively and playful, Yared narrates the story of a deceased grandmother who lived in Beirut during the civil war. The woman, who was of Armenian origin and widowed at the age of thirty-one, decided to devote her life to others. She is a support and great example to her granddaughter, but as the novel progresses it turns out that behind this idealised character lurks a complex and mysterious woman.

Hyam’s second collection of poetry, Blessures de l’eau (2004), has been translated into English by Richard Burns, Melanie Rein, and Jack Hirschman as The Wounds of Water.

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Authors' text

Ici la mort ne chôme pas

Comment se taire si le langage embarqué dans sa contemporanéité est un cri nécessaire ? Comment écrire, si même le silence manque de pudeur face à la mort de plus d'une centaine de milliers de victimes en Syrie, dont la moitié fait partie de la population civile. Idem pour celle des citoyens libanais de plus en plus nombreux à être soumis à la loterie de la vie et de la mort, au moins depuis l'actuelle vague d'attentats à la voiture piégée, terroristes comme politiques, perpétrés par des kamikazes. Cinq attentats en moins de trois mois ; un coup en zone chiite, fief du Hezbollah, un autre coup en zone sunnite, dans la capitale du Nord, Tripoli, sinon en plein centre de Beyrouth. Terreur de la mort propagée par ceux qui désirent déstabiliser le Liban après avoir mis la Syrie à feu et à sang - magma indescriptible d'enjeux locaux et internationaux, d'ingérences étrangères, de fascisme religieux, le tout mâtiné de politiciens indexés au régime sanguinaire de Bashar, ou pas d'ailleurs, puisque les maîtres à penser et les financeurs de l'échiquier se tiennent de part et d'autre du conflit. Ici la mort ne chôme pas et l'enfer est un volcan à ciel ouvert.

Le conflit syrien a causé, en trois ans de crise, deux fois plus de morts que le conflit israélo-palestinien en 40 ans, et plus de victimes qu'en quinze ans de guerre civile libanaise. C'est dire le bain de sang qu'il représente. C'est à se demander, à bien regarder les images diffusées par les médias, si quatre siècles nous séparent du célèbre tableau de Breughel l'Ancien, Le Triomphe de la Mort. Ainsi les hommes ne changent pas. Depuis l'époque des cavernes, ils seraient passés maîtres dans l'art de semer la charogne. La modernité n'aura fait que rendre la mort plus efficace. Industrialiser la douleur est tout ce dont nous aurions été capables. Notre culture, cette dite succession de civilisations qui se targuent de suprématie sur les autres espèces vivantes, n'aura-t-elle donc rien fait d'autre que de raffiner son animalité la plus grégaire ? Mais l'animal a de l'éthique, lui. Sa prédation est un instinct issu de ses besoins vitaux et de la conservation des espèces. L'homme, lui, est coupable par préméditation, avec pour mobile son intérêt pourvu que la mort des autres se déroule ailleurs, loin de sa bulle, dans des contrées lointaines où la valeur de l'humain importe peu. De quelle autre noblesse sera-t-il encore capable ? Le constat est lourd, avec pour bilan des tonnes d'armes chimiques en pluie sur de pauvres hères, et un djihad radical venu court-circuiter une révolution volée, instrumentalisée et neutralisée par ceux auxquels il profite de la diviser. Et le peuple, on en fait quoi du peuple? On le démoralise, on le pousse dans ses retranchements, on l'enrôle, on le mange, on le tue, on le cuisine à grands feux avec les boyaux des victimes innocentes mortes sous les décombres. Comment écrire quand le silence seul est à hauteur de l'effroi ?

Comment se taire, quand le langage est ce devoir de l'écrivain transformé malgré lui en protagoniste du tableau de Munch, la bouche ouverte et le mutisme englué. Comment se taire quand il est urgent de dire Non ? Non à la peur de vivre. Non aux diktats de la torture, de l'intimidation et du limogeage des sociétés qui aspirent à être libres. Non à la semence de la terreur par la mort, les voitures piégées et les kamikazes assoiffés d‘intégrisme. Non à la martyrologie collective, forcée des sociétés civiles du Moyen-Orient, la syrienne et la libanaise, unies en un seul corps exsangue. Durant plus de vingt ans, le Liban aura payé de sa chair, de sa société et de sa guerre civile, le tout largement instrumentalisé par les vampires des conflits. Non au cynisme du capitalisme qui voit dans les zones de conflits autant de nouveaux marchés capables de relancer une économie en difficulté. Comment ne pas écrire quand il est urgent de ne pas céder à la peur de l'autre, d'empêcher ceux dont le but est de creuser des clivages interconfessionnels, de réussir leur guerre qui n'est pas celle de nos pluralités d'Orient, syrienne, libanaise, irakienne ou autre. Comment se taire s'il faut crier à la face de ceux qui financent conflits et clivages que la mort n'est pas un compte en banque. Qu'on peut blanchir de l'argent mais pas des cadavres. Pas la douleur. Que les populations arabes ne sont pas des nombres calculables sur base de recensements démographiques, mais des cœurs battants, des vies, des aspirations et des joies et que chacune d'elle vaut bien plus que l'argent qui finance la mort. Il est temps de dire Kafa, assez, enough, basta, genoeg et d'aller aux devants des dissensions politiques, religieuses et communautaires avec pour seul intérêt l'humain - sa dignité - et la défense de sa pluralité de penser, de parler, d'aimer, de prier. Ainsi, plurielle et citoyenne, la liberté aura peut-être une chance d'être à l'abri de ceux qui la manipulent et l'homme, cet animal dit pensant, pourra se targuer d'avoir été un jour pionnier d'une humanité digne de ce mot.

 

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Passa Porta
6.01.14 > 3.02.14

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